Du retour de l'Absinthe

 

 

Oui, celle que l'on connaissait depuis la Haute Antiquité, qui se disait aussi la "fée verte", avec ses fleurs jaunes, sa tige verte argentée et ses feuilles grises et blanches, et qui bien que l'on ait dit d'elle qu'elle rendait fou, avait séduit de nombreux poètes et artistes, tels que Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Toulouse-Lautrec, Modigliani, Van Gogh, Picasso, et qui était interdite en France depuis 1915, est de retour.

 

D'abord boisson régionale, essentiellement consommée en France dans la région de Pontarlier et en Suisse au Val-de-Travers (Canton de Neuchâtel), relativement chère au début des années 1850, elle gagne en popularité, et en 1870 correspond à 90 % des apéritifs bus en France. Sa consommation explose à la fin du 19ème siècle avec une chute sensible des prix et passe de 700 000 litres en 1874 à 36 000 000 de litres en 1910.

 

[image]Elle se boit dans un verre de forme spéciale avec une cuillère ou pelle à absinthe (voir représentation ci-dessous extraite de Wikipédia sous Absinthe)

 

Dès 1875, sous la pression des ligues antialcooliques, des syndicats, de l'Eglise catholique, des médecins, de la presse qui se mobilisent contre "l'absinthe qui rend fou et criminel et fait de l'homme une bête et menace l'avenir de notre temps", elle est interdite dans de nombreux pays, dont notamment en Suisse à compter du 7 octobre 1910 et en France par une loi du 16 mars 1915 dite "loi relative à l'interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail, ainsi que de la circulation de l'absinthe et des liqueurs similaires", consolidée le 22 février 2007, avec modification par une loi du 17 février 1922 et un décret du 24 octobre 1922.

 

Mais une directive européenne 88/388/CEE du Conseil du 22 juin 1988 "relative au rapprochement des législations des Etats membres dans le domaine des arômes destinés à être employés dans les denrées alimentaires et des matériaux de base pour leur production" assouplit l'interdiction de l'absinthe. Elle est suivie d'un décret français n° 88-1024 du 2 novembre 1988 portant application de la loi du 16 mars 1915 relative à l'interdiction de l'absinthe et des liqueurs similaires, fixant les caractères des liqueurs similaires de l'absinthe.

 

Ce décret signé par Michel Rocard et entre autres par Claude Evin, est modifié par le décret n° 2010-256 du 11 mars 2010 dont l'article 2 est libellé comme suit :

 

"Sont considérées comme liqueurs similaires à l'absinthe, au sens de la loi du 16 mars 1915 susvisée, de l'article 347 du code général des impôts et de l'article L. 3322-4 du code de la santé publique, les boissons alcoolisées produites à partir des espèces d'Artemisia présentant une quantité de thuyone supérieure à 35 mg/kg."

(Il est rappelé que la thuyone est la principale molécule de l'huile essentielle d'absinthe).

 

Le même texte abroge le décret du 24 octobre 1922 modifié portant application de la loi du 16 mars 1915 fixant le caractère des liqueurs similaires de l'absinthe.

 

Le décret précité du 2 novembre 1988 limitait par ailleurs la fenchone (une des molécules importantes de l'huile essentielle de fenouil) à 5 mg/l. Mais la version était aussi alcoolisée que la version d'origine (titrant de 40 à 72°).

 

En application de ces nouveaux textes est produite la première absinthe française depuis 1915 sous la dénomination Versinthe verte.

 

Légalement il existe ainsi un hiatus entre le décret de 1988 et la loi de 1915 qui continue à interdire l'absinthe en France.

 

Le Gouvernement, sans abolir la loi de 1915, pare au plus pressé en votant un aménagement au décret 2010-256 du 11 mars 2010 et en attribuant une nouvelle appellation légale à l'absinthe : "spiritueux aromatisé à la plante d'absinthe" et en complétant la réglementation européenne (35 mg/l de thuyone maximum) d'un taux de fenchone maximum de 5 mg/l et de pinocamphone maximum de 10 mg/l.

 

Enfin, le 17 décembre 2010, le Parlement français abroge la loi du 16 mars 1915, ce en réaction à une initiative suisse qui a introduit le 12 mai 2006 une demande d'indication géographique protégée (IGP) portant sur la dénomination "absinthe" au profit de l'Association Interprofessionnelle de l'Absinthe à Môtiers (Suisse). Cette demande est encore en instance, car elle a donné lieu à 42 oppositions, dont un recours de la Fédération Française des Spiritueux (FFS), dont le Président s'est félicité de l'adoption de cette "mesure de bon sens qui contribue à la valorisation d'un spiritueux longtemps et injustement décrié".

 

"L'absinthe pourra désormais être commercialisée sous son nom alors que jusqu'à présent les producteurs devaient la vendre sous la dénomination «boisson spiritueuse aux plantes d'absinthe»." (Extrait du site Le Figaro - L'absinthe retrouve son nom - 21 mai 2011)

 

Alors absinthe : poison ou boisson énergétique

Erreur d'hier ou vérité d'aujourd'hui ?