La guerre des fromages

 

en l'occurrence du gruyère (suite)

 

 

Il est par la présente renvoyé à notre note précédente intitulée "La guerre des fromages", qui relatait que, devant les difficultés rencontrées à Bruxelles par la France pour obtenir pour son gruyère une AOP (appellation d'origine protégée), réservée à la seule Suisse, la France allait se contenter d'une IGP (indication géographique protégée).

 

De ce fait, la Suisse fait valoir les qualités de son gruyère AOC suisse, "subtil et aromatique", en expliquant :

 

"Sans le savoir-faire ancestral des maîtres-fromagers, le Gruyère AOC suisse n'aurait pas sa noblesse de caractère. Il est au lait cru, sa saveur, de fruitée à corsée, varie grâce à son affinage de 5 à 18 mois. Il sublime vos talents en cuisine… et il est né en Suisse !"

 

et, pour couronner le tout, ajoute :

 

"LE GRUYERE SWITZERLAND

Pas de trou… que du goût !"

 

Aussi, la France a-t-elle réagi en introduisant en 2010 une demande d'IGP, ce en application de l'article 6, paragraphe 2, du règlement (CE) n° 510/2006 du Conseil du 20 mars 2006 relatif à la protection des indications géographiques et des appellations d'origine des produits agricoles et des denrées alimentaires (Journal Officiel de l'Union Européenne du 4 novembre 2010).

 

Pour l'obtention de cette IGP, qui doit figurer sur l'étiquetage, la production de lait, la transformation fromagère et l'affinage doivent être réalisés dans l'aire géographique qui comprend un certain nombre de communes nommément désignées situées en France, avec un lien sous forme de facteur naturel et humain avec l'aire géographique.

 

Le gruyère bénéficiant de l'IGP devra ainsi faire état d'un lien causal entre l'aire géographique et une qualité spécifique, la réputation ou une autre caractéristique du produit.

 

Voir aussi "GUIDE DU DEMANDEUR D'UNE INDICATION GEOGRAPHIQUE PROTEGEE", qui précise que :

 

"L'IGP EST BEAUCOUP PLUS QU'UNE INDICATION DE PROVENANCE

 

Dans la définition communautaire de l'IGP, la notion de "réputation" a suscité de nombreux débats. La position de l'INAO est la suivante : tout en étant un élément constitutif d'une IGP, la réputation spécifique s'entend au sens d'une forte reconnaissance par le public à un instant donné, associée à un savoir-faire ou une qualité déterminée attribuables à l'origine géographique. L'IGP identifie bien une qualité déterminée, ou une caractéristique, attribuable à l'origine géographique, reconnaissable dans l'univers alimentaire des offres diversifiées."

 


Il est rappelé aussi dans ce guide que l'IGP et l'AOP sont deux approches de la protection de l'origine géographique et que :

 

"Le fait d'attribuer une qualité ou une caractéristique à l'origine géographique ne fait pas de l'IGP une sorte d'AOP. En effet, il n'est pas question, comme pour l'AOP, de lien au terroir où serait mise en évidence une relation étroite et déterminante sur le produit dans sa singularité. Un produit sous IGP doit présenter une réelle spécificité et une qualité est "attribuable" à son origine et non déterminée par elle."

 

La publication du 4 novembre 2010 confère, conformément à l'article 7 du règlement susvisé, aux Etats membres de l'Union Européenne ou aux pays tiers, le droit de s'opposer à l'enregistrement envisagé par le dépôt auprès de la Commission d'une déclaration d'opposition dûment motivée.

 

Donc, affaire à suivre…