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Exportateurs,
protégez vos créations
mais adaptez-vous au monde qui change !
Pierre
NUSS
Conseil en Propriété Industrielle
Professeur au Centre d'Etudes Internationales de la Propriété
Industrielle
L'élargissement, le 1er mai 2004, de l'Union Européenne
à vingt-cinq Etats membres avec l'entrée de dix nouveaux
Etats et la mondialisation donnent un regain d'actualité, pour
ce qui est de la propriété industrielle et au sens étendu
de la propriété intellectuelle, à la nécessité
de se démarquer de la concurrence par des innovations techniques,
des créations ornementales, des signes distinctifs et de les protéger
efficacement.
Dès lors, les bonnes questions qui, de tout temps, se sont posées
notamment à l'exportateur ressurgissent avec encore plus d'acuité,
à savoir, faut-il se protéger, que faut-il protéger,
quand se protéger, où se protéger et comment se protéger
? Il est utile de rappeler ces vérités premières
:
1. Faut-il se protéger ? :
Oui, mais uniquement pour ce qui le mérite et pour ce qui, aux
termes de la loi, est protégeable, avec possibilité, dans
différents cas, de se contenter du secret (en particulier pour
certains procédés), tout en étant conscient de sa
précarité et du risque de fuites ("secret de trois,
secret de tous").
2. Que faut-il protéger ? :
Pas seulement les inventions révolutionnaires mais aussi les perfectionnements,
les améliorations, les "petites choses" relevant de la
technique d'accumulation et de groupage avec des avantages décisifs
sur la concurrence, étant rappelé qu'à la propriété
industrielle est attachée une double vertu, à savoir, la
vertu de référence et la vertu de dissuasion.
3. Quand se protéger ? :
Au bon moment, c'est-à-dire ni trop tôt, ni trop tard.
Ni trop tôt :
En matière d'invention, celle-ci doit avoir atteint une maturité
telle qu'elle puisse, lors du dépôt, être décrite
suffisamment et complètement. Il faut donc éviter les brevets
prématurés qui, à l'instar des nouveaux-nés
prématurés, sont frêles, graciles et parfois, hélas,
ne survivent pas, étant rappelé aussi que les simples idées,
pour innovantes qu'elles puissent être, ne sont pas en elles-mêmes
protégeables, car "les idées sont de libre parcours".
Ni trop tard :
Les idées sont en effet souvent dans l'air et ce peut être
la course à la vitesse. Mais ce qu'il faut éviter avant
tout en matière de brevet, c'est la divulgation précoce
sous l'effet du "prurit de la publication" et ce avant tout
dans les pays qui, comme la France, ne connaissent pas le délai
de grâce pendant lequel on peut impunément divulguer sans
entacher de nullité le dépôt d'une demande de brevet.
Divulguer signifie rendre l'invention accessible au public, c'est-à-dire
à des personnes non liées au secret et qui ne sont donc
pas des "confidents nécessaires". En cas d'absolue nécessité
de divulguer, il faut prendre d'indispensables précautions, telles
que la signature d'une convention de confidentialité et l'acquisition
d'une date certaine, notamment par la voie, par ex., du dépôt
d'une enveloppe Soleau ou d'un pli cacheté.
En application de nouvelles dispositions légales et contrairement
à la législation française antérieure, les
dessins et modèles sont à présent également
soumis à l'obligation de non-divulgation, sauf s'ils n'ont pu être
raisonnablement connus, selon la pratique courante des affaires, dans
le secteur intéressé par des professionnels agissant dans
la Communauté Européenne et sauf si ladite divulgation a
eu lieu dans les douze mois précédant le dépôt.
4.
Où se protéger ? :
Voici la question clé pour l'exportateur. Mais avant de songer
à se couvrir à l'étranger, il aura intérêt
et, souvent même pour des raisons de Défense Nationale, l'obligation
de commencer par se protéger dans son pays d'origine, puis d'étendre
la recherche de protection à l'étranger sous le bénéfice
de droit de priorité né en sa faveur ensuite de son premier
dépôt. On ne peut pas se protéger partout, il faudra
donc faire des choix et ce en fonction de différents paramètres,
tels que :
la nature de l'objet à protéger et les exigences du marché,
d'où le dicton célèbre "Inutile de chercher
à protéger des réfrigérateurs destinés
aux esquimaux" ;
les objectifs de l'exportation, c'est-à-dire rechercher la protection
dans les pays vers lesquels l'on entendra exporter ;
les pays dans lesquels les principaux concurrents sont en mesure de produire,
puis à partir de ces pays, d'exporter dans d'autres pays non couverts
;
les pays les plus virulents en matière de contrefaçon. Il
conviendra d'orienter son choix en fonction des pays qui cultivent le
plus ce fléau en pleine accélération et qui ne concerne
pas seulement les produits de luxe, mais de plus en plus d'autres domaines,
tels que les DVD, les cassettes, les vêtements, les jouets, les
médicaments, les lentilles optiques, les pièces automobiles,
et ce tant en matière de brevets que de marques et de design. L'actuel
pays vedette en l'occurrence est la Chine qui fabriquerait 70 % de la
contrefaçon mondiale. La plupart des médicaments contrefaisants
sont d'origine russe, la maroquinerie contrefaisante provient essentiellement
d'Italie. La Turquie est aussi très active dans ce domaine et au
grand bazar d'Istanbul, les contrefaçons foisonnent. D'où
la nécessité de se protéger dans certains pays en
vue de chercher à y neutraliser la contrefaçon, ce qui ne
sera pas toujours facile, mais permettra cependant de mettre en place
des freins pouvant être très utiles. C'est ainsi que des
actions en contrefaçon sont actuellement diligentées en
Chine pas différents constructeurs automobiles, tels que Volkswagen,
Nissan, Toyota contre les contrefacteurs chinois. Lors du choix des pays
à couvrir, il faudra à présent prendre également
en considération, plus que par le passé, les dix nouveaux
pays qui ont intégré l'Union Européenne.
5. Comment se protéger ? :
La recherche de protection des différents droits de propriété
industrielle peut avoir lieu par voie de dépôts nationaux,
internationaux (pour les marques, dessins et modèles), européens
et demandes PCT (pour les brevets), communautaires (pour les marques,
dessins et modèles – non encore pour les brevets). Ensuite
de l'élargissement récent de l'Union Européenne,
les exportateurs doivent plus particulièrement savoir que :
S'ils sont titulaires de droits communautaires déjà existants
et datant d'avant le 1er mai 2004, les effets de ces droits sont automatiquement
étendus aux dix nouveaux pays membres et ce sans aucune démarche
spéciale, ni aucun paiement de taxes supplémentaires avec,
de surcroît, le maintien des droits acquis.
S'ils opèrent de nouveaux dépôts communautaires, les
taxes de dépôt en vigueur pour la recherche de protection
dans quinze pays sont maintenues aux anciens taux et donc non augmentées
pour une protection prenant à présent effet dans vingt-cinq
pays au lieu de quinze.
Cependant, l'élargissement de l'Union Européenne exigera
une extension de la surveillance aux nouveaux pays en matière de
marques et de dessins et modèles. De même, les recherches
d'antériorités devront s'étendre à ces mêmes
pays.
Il convient aussi de signaler l'adhésion le 29 juin 2004 de la
C.E., en matière de marques internationales, au Protocole de Madrid,
ce qui offre aux déposants une meilleure souplesse d'action.
Il reste à souhaiter que, bien renseignés sur leurs possibilités
de protection à l'étranger et, plus particulièrement
dans les pays de l'Union Européenne élargie, les exportateurs
en profiteront pour faire bénéficier leurs créations
de droits de protection renforcés et en tireront tous les bénéfices
attendus et mérités.
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